ISCM

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2006_ISCM - RUSSIAN SECTION 

Year: 
Report: 

L'Univers d'Edison Denisov

 

This is an international festival dedicated to Edison Denisov. It will take place at the best Moscow concert halls. And it will present the music by friends of Denisov, his pupils (except for me, because I am initiator and artistic director of this action) and his followers. Please, pay attention on the concert at the Great hall of the Moscow conservatory. The National Philharmonic Orchestra of Russia will present the symphonic works by Boulez, Dutilleux, Xenakis and Denisov! This is a very seldom event in the Russian cultural life!

 

L'Univers d'Edison Denisov

 

Concerts à la mémoire de compositeur

 

Du 25 octobre  – 5 novembre, 2006

 

La Société Internationale de Musique Nouvelle ISCM - Section Nationale de Russie

Le Conservatoire Supérieur Tchaïkovski de Moscou

 

avec le soutien du

 

Comité de la Culture de la Ville de Moscou

Éditions musicales Le Chant du Monde (France)

Ambassade de France en Russie

CulturesFrance

Fondation Suisse pour la Culture Pro Helvetia

Union des compositeurs de Moscou

Association Internationale d'Organisations des compositeurs

Maison Internationale de la Musique à Moscou

Musée Central d'Etat de la Culture Musicale de M.I.Glinka

Philarmonie d’Etat de la Ville de Samara

Philarmonie d’Etat de Bachkirie

 

 

 

Auteur et  directeur artistique – Youri Kasparov

Directeur exécutif – Victoria Korshounova

Consultant - Ekaterina Kouprovskaia-Denisova

Rédacteur – Valeria Tsenova

Coordinateur – Marina Voinova

Designer du dépliant – Natalia Kourliandskaya

 

 

 

"J'ai eu la chance de bien connaître Edison Denisov, et non seulement de le connaître mais aussi de collaborer avec lui. Je suis fier d'être le premier interprète d'un certain nombre de ses opus, dans notre pays, tels que "Signes en blanc", Quintette pour piano et quatuor à cordes, Quatre pièces pour flûte et piano, entre autres. Mais notre collaboration ne s'arrêtait pas là. J'ai été entraîné dans un processus extrêmement important de promotion et de diffusion de la musique nouvelle en Union Soviétique, et ce, à l'époque où cette musique était interdite chez nous. Que m'ont appris les contacts avec Denisov? Tout d'abord, de ne pas craindre d'avancer constamment vers le but que l'on s'est fixé, et en même temps apprendre, apprendre au maximum"

 

Tigran Alikhanov, professeur, recteur du Conservatoire Supérieur Tchaïkovski de Moscou

 

"Pour moi et, je pense, pour beaucoup de gens de ma génération, éduqués sous l'influence du décret de 1948, l'oeuvre de Denisov joue un rôle tout à fait particulier. Les premières créations de ses oeuvres des années 60 ne se sont pas limité à nous faire découvrir l'univers de sa musique belle jusqu'à l'enchantement. A travers ses oeuvres, c'est tout l'art du temps nouveau - l'art que nous ignorions jusqu'à lors, - qui criait son existence. Et puis, peu après, d'autres univers se sont ouverts, non moins importants. Mais pour moi, les oeuvres de Denisov étaient et sont mon premier amour dans le monde de la musique de mon époque"

 

Elena Sorokina, professeur, pro-recteur du Conservatoire Supérieur Tchaïkovski de Moscou responsable des secteurs scientifique et créatif

 

"Il a été de ceux qui n'ont pas reculé. La fin du XXe siècle aux tendances post-avant-gardistes a donné naissance aux "fatigués" : rétro, néo, mini, quasi, poly...  une vraie nécrophilie! Ils restent tous étrangers à Denisov, comme s'il suivait la devise de Kandinsky "en avant et plus haut!"

 

Yuri Kholopov, professeur, extrait de recueil "Lumière. Bonté. Éternité. A la mémoire d'Edison Denisov"

 

"Denisov était quelqu'un de bien et d'optimiste. Son aspiration pour la beauté, la lumière, les valeurs authentiques, a créé autour de lui un champ spirituel positif qui donnait à ceux qui l'entouraient une sensation de protection maximale et de paix intérieure, ce qui nous aidait à nous situer dans ce monde compliqué"

 

Valeria Tsenova, professeur, auteur du livre "Denisov inconnu"

 

 

“Mes séjours en URSS, dans les années soixante dix, furent chaque fois marques par mes contacts avec Edison Denisov et ses plus proches amis compositeurs «clandestins», du fait de leur orientation esthétique très libre par rapport aux directives officielles.

 

A l’époque où Edi composait un opera sur “L’Ecume des jours” de Boris Vian, il m’écrivit à plusieurs reprises pour connaître mon avis sur la meilleure prosodie possible à réaliser dans la version en langue française étant impeccable, je n’avais, le plus souvent, rien à lui proposer. J’étais seulement impatient de connaître l’ouvrage lui-même, m’étant déjà familiarisé avec son style dans les œuvres symphoniques ou de la musique de chambre qu’il m’adressait.

 

L’évolution de son style fut marquée en priorité par l’influence des œuvres de l’Ecole de Vienne et celle des post-sériels que Pierre Boulez, au cours d’un voyage précédant le mien, lui avait déjà fait connaître, au cours de l’année 1972.

 

Edi avait une extrême facilité et une puissance de travail prodigieuses et s’il fut contraint de produire de la musique “alimentaire” pour subsister, le régime soviétique dut reconnaître la valeur créatrice d’un compositeur armé de dons pédagogiques également remarquables, au point de la nommer professeur d’orchestration au Conservatoire de Moscou.

 

Pour son attachement à la musique française et par la qualité de son œuvre personnelle très variée, Edison Denisov a droit à notre fidélité à sa mémoire, comme à notre attention soutenue à la diffusion de sa musique”

 

Compositeur Henri Dutilleux  (France) 

 

 

Quel souvenir reste-t-il de l'homme Denisov pour ceux qui l'ont approché? Un homme pas très grand, mince, très vif, avec des cheveux argentés... Originaire de Sibérie, il possédait un santé solide. Il n'a jamais porté de chapka, même en hiver, et s'il avait pu se le permettre, il n'aurait pas porté non plus de manteau. Mais cela aurait été inconvenant, aurait attiré l'attention dans la rue ou dans les transports en commun, lui qui n'aimait vraiment pas attirer l'attention. Il était très modeste dans tout. A son domicile, il n'y avait rien de superflu, mais, bien sûr, beaucoup de livres, de disques, de partitions, et sur les murs, des tableaux de son ami, un peintre remarquable, Boris Birger. Rien de somptueux et de luxueux. Tout était commode et fonctionnel pour le travail, et en même temps chaleureux.

Son langage était assez laconique, simple et explicite. Pas de pathos dans la conversation, de citations des philosophes ni de déclamations poétiques... Toutefois, Denisov avait une très grande culture, et s'y connaissait très bien non seulement en musique mais également en philosophie, poésie, peinture et même en sciences, puisqu'il était précédemment diplômé de l'Université de Tomsk en mathématiques et physique.

En véritable représentant de l'intelligentsia russe, il se comportait d'une manière naturelle, sans chercher à donner l'impression de quelqu'un de grand ou unique. D'ailleurs, il ne correspondait pas à ce stéréotype de quelqu'un de grand et unique comme chacun l'imaginait à l'époque. Son contact était facile et agréable avec tout le monde, sans exception - aussi bien pour ses amis que pour les étudiants du Conservatoire. Avec toute sa vivacité, son énergie et son caractère sans compromis, il restait toujours avenant, absolument calme et maître de lui.

On peut imaginer de combien d'humiliations et d'attaques il a été victime tout au long de sa vie! Quand l'époque soviétique l'a rangé parmi les avant-gardistes, l'exécution de sa musique a été interdite, et il n'avait pas le droit de voyager à l'étranger, même pour les premières de ses oeuvres. Puis, après la chute de tous les tabous idéologiques, il a subi la jalousie et la méchanceté de ceux qui ont compté sur leurs anciens engagements politiques et qui se sont donc retrouvés sans appui. Tout lui fut difficile à supporter. Il était encore plus dur de rester fidèle à soi-même et de se comporter comme si on n'avait qu'à se contenter de se promener dans les allées d'un parc pour y écouter le chant charmant des oiseaux.

Il est resté fidèle à lui-même.Il est resté fidèle à lui-même, y compris quand il est sorti d'un coma de plusieurs semaines, suite à un terrible accident de voiture qui a fini par lui coûter la vie. Soigné à Paris par des médecins français, il nous a ouvert la porte de son appartement parisien. Nous vîmes le même Denisov, dont le visage avait gardé la même expression, les mêmes manières posées, le discours clair, dépourvu de théâtralité et de pathos. Juste une horrible cicatrice sur la gorge.

Il n'était pas rancunier à l'égard de tous ceux qui consciemment lui empoisonnaient la vie. Il est probable qu'il "bouillait" intérieurement mais il restait impassible. Le terme le plus méchant que j'ai entendu de lui, assez rarement d'ailleurs, c'était "cochon". "C'est un cochon, disait Denisov en haussant les épaules, il n'y a pas à discuter avec lui". Il se limitait à ne pas fréquenter les gens qui lui étaient désagréables. Mais il n'émettait pas d'avis négatifs ni de jugement concernant les bassesses et la méchanceté de ses ennemis. Il ne le faisait pas d'avantage devant ses élèves ni devant ses "compagnons d'armes". "Comment lui parler? Il ment sans cesse!", voilà ce qu'il disait souvent à l'adresse de ses ennemis. Car le mensonge fut l'une des choses qu'il ne pouvait pas du tout supporter, ainsi que les intrigues et les médisances. Et des ennemis, il en avait toujours eu beaucoup, jusqu'à sa mort tragique.

Après la chute du mur de Berlin, l'Union Soviétique jadis indestructible craquait de toutes parts, et la Russie changeait à grande vitesse, à vue d'oeil. Pour la première fois depuis des décennies, nous avons clairement senti l'air de la liberté. Tous les obstacles sont tombés. Beaucoup de gens partaient : des sportifs, des scientifiques, des artistes... Partaient des compositeurs connus, amis de Denisov ; partaient aussi de jeunes musiciens.

 

"Il ne faut pas quitter la Russie! nous disait Denisov. C'est une grande erreur que de quitter la Russie! Nous devons vivre et travailler ici!"

Il vivait et travaillait en Russie. Mais, cependant, qui aurait pu partir plus facilement que lui? Lui qui était déjà demandé dans le monde entier. Il recevait des commandes d'orchestres mondialement connus, sa musique était interprétée par des chefs d'orchestre et solistes célèbres, ses concerts remplissaient les salles. L'Occident pouvait lui offrir des conditions d'existence quasi paradisiaques. Au sommet de sa gloire, il aurait pu profiter de la vie dans un endroit plus tranquille et heureux, sans révolution, ni putsch, ni effondrement de la monnaie nationale.

Denisov a mérité la paix. Mais il ne la recherchait pas. Qu'est ce que Denisov a eu le temps de réaliser, à part d'inscrire son nom, en lettres d'or, dans le patrimoine de l'art mondial?

 

            - Il fut le seul de nos compositeurs connus à oeuvrer pour la promotion de la musique russe contemporaine ; et il a réussi, en fin de compte, à lui trouver une place dans le monde en tant que grand art profondément moderne.

- Il fut le seul de nos compositeurs qui cherchait, par tous les moyens, à combler cette absence d'information en Russie. C'est précisément grâce à ses efforts que, petit à petit, à Moscou, tant les concerts de musique contemporaine occidentale que les rencontres du public avec de nombreux maîtres européens célèbres, sont devenus réguliers.

            - Il fut le seul de nos compositeurs qui aspirait à créer en Russie un espace réservé à la musique nouvelle, qui serait identique, de par sa structure, aux standards européens formés depuis longtemps. Le premier pas vers une telle organisation fut la fondation, en 1990, de l'Association de la Musique Contemporaine. Cette action a influencé, dans une large mesure, la politique de nos institutions culturelles, la programmation de festivals et de concerts moscovites, la vie musicale à Moscou et, plus tard, celle de la Russie toute entière. ACM a également contribué à la création de nouveaux ensembles d'interprètes.

            - Grâce à Denisov, les médias se sont fait l'écho de toutes nos actions pour le développement et la promotion de la musique contemporaine, ce qui a attiré vers nous l'attention de grand nombre de publics. Ainsi, la musique d'aujourd'hui a pu élargir le cadre de sa diffusion.

            - Denisov est le seul de cette pléiade de compositeurs des années 60, qui a créé son école. Comme tout le monde le sait, ce n'est seulement qu'en 1989 qu'il a eu l'autorisation officielle d'enseigner la composition au Conservatoire de Moscou. Auparavant, pendant des années, il a enseigné l'orchestration, et ses leçons étaient, par leur essence, aussi des leçons non-formelles de composition. Les étudiants d'autres professeurs de composition venaient le voir, mais non seulement les étudiants. Beaucoup de ceux qui avait déjà terminé leurs études au Conservatoire ne trouvaient rien d'honteux à montrer leurs partitions à Denisov, à écouter son opinion et suivre ses conseils par la suite.

De ce fait, bien avant d'obtenir le statut officiel de professeur de composition, Denisov a formé bon nombre d'élèves, dont la majorité est aujourd'hui très connue et dont les oeuvres sont régulièrement données en concert dans le monde entier.

 

Force est de constater que les organisateurs européens de concerts, lors de préparation des programmes consacrés à la musique russe contemporaine, viennent obligatoirement choisir les oeuvres dans les catalogues de Denisov et son école. Souvent ces manifestations et émissions s'intitulent "Denisov et l'avant-garde russe". Ainsi, tous ceux qui étudiaient avec Denisov, ont reçu une sorte de certificat  non-officiel de qualité, qui facilite le dialogue, sur un pied d'égalité, avec des musiciens de tous les pays.

 

Denisov garda, jusqu'à la fin de ses jours, une étonnante capacité d'apprécier les choses simples. A titre d'anecdote, à Paris, après un éprouvant séjour à l'hôpital de quelques mois, se trouvant à plusieurs reprises entre la vie et la mort, étant même obligé de réapprendre à marcher, il me disait : "Tiens, Yuri, j'ai acheté de la vodka russe, j'y ai fait macérer, pendant trois jours, des zestes de citron, goûtez-y! C'est vraiment bon!"

Au début des années 90, à Moscou, il existait une forme originale de concerts. Le chef d'orchestre Guennady Rojdestvensky commentait pour le public les oeuvres interprétées, avant de les jouer. A la fin du concert, les gens pouvaient aussi poser des questions qu'ils écrivaient sur des petits papiers que l'on transmettait sur la scène. Dans l'un des concerts où des oeuvres de Denisov ont été interprétées en sa présence, un billet est arrivé : "Pourquoi portez-vous un prénom aussi étrange que celui d'Edison?"

Il faut savoir que le père du compositeur, Vasilï Denisov, était radio-physicien. Pour ce passionné de science, Thomas Edison était l'une de ses idoles. Vasilï Denisov fut le premier à construire un émetteur radio à ondes courtes. Cette invention lui a d'ailleurs permis, en 1928, de se mettre en contact avec l'expédition du général Umberto Nobile, et de l'aider à retrouver sa course, après le crash du dirigeable "Italia" qui tentait d'atteindre le Pôle Nord. Vasilï Denisov était persuadé que son fils, en grandissant, deviendrait lui aussi un scientifique. Mais la musique a dominé son choix, et plus tard, la seule chose qui liait Edison Denisov à la science fut ce prénom que son père lui avait donné.

"On m'a appelé comme ça quand je suis né, - Denisov a haussé les épaules, - et j'aime bien mon prénom."

 

En cette année 2006, année du 10ème anniversaire de sa mort tragique, nous dédions à Edison Denisov quatre concerts en sa mémoire.

 

Youri Kasparov

 

La traduction du russe, ici et plus loin, d'Ekaterina Kouprovskaia-Denisova

 

 

le 25 octobre 2006, à 19h00

Salle RakhmaninovConservatoire Tchaïkovski de Moscou

 

Victor Ekimovsky    Remake pour ensemble

Alexandre Chtchetinsky Sonata da Camera pour violoncelle et ensemble

Dimitri Kourliandsky L’homme sacré pour ensemble

Marina Voinova   Amoroso pour ensemble

Dimitri Yanov-Yanovsky  Insomnia pour mezzo-soprano et ensemble

Edison Denisov   Symphonie de chambre N°2 pour ensemble

 

 

Ensemble de Musique Contemporaine de Moscou

Directeur artistique – Youri Kasparov

Direction – Alexei Vinogradov

 

Anna Gouzairova (mezzo-soprano)

Alexandre Zagorinsky (violoncelle)

 

 

La Symphonie de chambre N°2 est certainement l'oeuvre la plus proche et la plus aimée de l'Ensemble ACM. Le compositeur l'a créée spécialement pour notre collectif, et sa première a eu lieu à Tokyo, en juillet 1994, à peine deux semaines après que Denisov eût achevé la partition. Cette oeuvre est entourée de circonstances tragiques. En se rendant à la première répétition de cette Symphonie, Denisov a été victime d'un horrible accident de voiture, qui lui a finalement coûté la vie deux ans plus tard, en novembre 1996.

            La Symphonie de chambre N°2 ouvre la troisième et dernière période - courte mais brillante - dans la musique de Denisov. Jusqu'à la fin de sa vie, déjà gravement malade, il composait continuellement, et nous a offert nombre d'oeuvres remarquables. Elles sont le fruit de tout le savoir-faire accumulé par le compositeur au cours de toutes ces années de travail. Cela concerne le langage musical, toujours en évolution, ainsi que tout un arsenal de techniques compositionnelles qui lui sont liées. Sans parler d'une étonnante profondeur philosophique nouvelle et de diversité d'images.

            Pour moi, la Symphonie de chambre N°2 est l'une des oeuvres les plus proéminentes dans l'histoire nouvelle de notre pays ; c'est une partition magistrale que l'on peut placer au même niveau que les chefs-d'oeuvre des classiques, Prokofiev et Chostakovitch.

            A coté de la Symphonie de chambre N°2, d'autres oeuvres remarquables de Denisov font partie du répertoire régulier de l'Ensemble ACM, en Russie comme à l'étranger, citons Femme et oiseaux ou encore Sur la nappe d'un étang glacé.

 

 

le 28 octobre 2006, à19h00

Musée Central d'Etat de la Culture Musicale de M.I.Glinka

 

Maria Boulgakova   Dialogue – Contraste pour violon et violoncelle  

Anton Safronov        Sentimento… coda pour piano solo    

Georgy Dorokhov    Trio à cordes

Serguei Pavlenko     Xenia pour harpe solo 

Dimitri Capyrine     Quatre pièces pour hautbois et trio à cordes

Artiom Vassiliev       Cinq pièces pour piano solo 

Roman Ledeniov     Six pièces pour harpe et quatuor à cordes

Edison Denisov         Musique Romantique pour hautbois, harpe

                                   et trio à cordes    

 

Romantique-Quatuor :

Vladislav Narodnicky (violon), Mikhail Bolokhvitine (violon), Andrei Ousov (viole), Serguei Astachonok (violoncelle)

 

Nino Barkalaya (piano), Kristina Rozhkova (harpe)

Mikhail Chtanko (hautbois)

 

La Musique Romantique est composée en 1968 pour Heinz et Ursula Holliger. De nombreux compositeurs d'aujourd'hui, parmi les plus connus, ont souvent dédié leurs oeuvres à ces musiciens : lui, hautboïste et elle, harpiste. La Musique Romantique compte parmi les meilleures compositions de la première période de Denisov, laquelle commença par le Soleil des Incas qui lui apporta la gloire. La particularité de Musique Romantique réside non seulement dans son atmosphère fortement émotionnelle et remplie d'images sonores mais également dans le parallèle qui suit. A l'exemple de Mozart, Denisov transgressait avec allégresse les lois et les règles établies de la musique, mais avec l'esprit d'un compositeur actuel. A ceci près que la notion de la tonalité chez Mozart est classique, alors que chez Denisov, elle est relative,  venant de la Nouvelle École Viennoise. Je suis persuadé que, dans le futur, la Musique Romantique fera l'objet de nombreuses études musicologiques

 

 

le 31 octobre 2006, à 19h00

Grande Salle du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou

 

Pierre Boulez  Notations   pour orchestre

Iannis Xenakis  Synaphaï   pour piano et orchestre

Henri Dutilleux   Métaboles   pour orchestre

Edison Denisov  Cloches dans le brouillard   pour orchestre

 

 

Orchestre National Philharmonique de la Russie

directeur artistique et chef d’orchestre – Vladimir Spivakov

 

Direction – Daniel Kawka (France)

Soliste – Mikhail Doubov, piano

 

 

 

 

 

Le concert du 31 octobre 2006 revêt aujourd'hui la même importance. Les créations russes d'oeuvres d'Henri Dutilleux (né en 1916), Jannis Xenakis (1922-2001) et Pierre Boulez (né en 1925) représentent un événement exceptionnel dans la vie musicale de la Russie.

            Il est inutile d'exposer ici les biographies de Dutilleux, Xenakis ou Boulez, autant raconter les vies de Mozart ou Beethoven! Ces trois compositeurs français sont d'ores et déjà des classiques. Ils sont la référence incontestable dans l'art de composition musicale en général. Si la musique de la deuxième moitié du XXe siècle montre une richesse incroyable à travers toutes sortes de tendances, de styles et de conceptions, son développement a été inévitablement lié, d'une manière ou d'une autre, à l'oeuvre de ces trois maîtres. Dans tous les cas, on ne peut parler d'aucune découverte essentielle sans évoquer la musique de l'un des membres de ce Magnifique Trio Français.

            De forts liens amicaux liaient Denisov à ces trois compositeurs. Le début de leurs amitiés est marqué par un événement décisif dans la carrière de Denisov, en 1964. D'une manière mystérieuse, la partition du "Soleil des Incas" est arrivée à Paris, et fut transmise à Pierre Boulez. C'est ainsi que peu de temps après, en 1965, la cantate a été jouée à Paris par l'Ensemble du Domaine Musical sous la direction du légendaire Bruno Maderna.

            Dans le livre "Edison Denisov" écrit par Yuri Kholopov et Valeria Tzenova (Moscou, 1993), on apprend que Pierre Boulez a dû faire des efforts inimaginables  pour permettre à Denisov d'assister à la création parisienne du Soleil des Incas . Boulez écrit en 1965 : "Un télégramme a été envoyé avec la signature Domaine Musical à l'Union des Compositeurs. Ensuite, deux lettres ont été envoyées, l'une à l'Union des Compositeurs, l'autre à l'Ambassade... Madame N. a téléphoné directement à Mr ... qui est le secrétaire d'Etat aux Affaires Culturelles, ami intime d'André Malraux et son adjoint principal...", etc. Puis : "Je regrette que finalement tous nos efforts aient échoués pour vous faire venir à Paris ; et je me rends bien compte qu'il est très difficile de lutter seul contre la bureaucratie. Vos fonctionnaires musicaux nous croient-ils tellement naïfs au point de prendre pour argent comptant leur imbécillité."

            Henri Dutilleux a assisté à l'exécution du Soleil des Incas à Paris, en 1972. Il écrivait alors à Denisov : "J'ai assisté à l'audition et je puis vous dire que l'oeuvre a été très appréciée, très applaudie. J'avais auparavant étudié soigneusement la partition dont j'aime infiniment l'esprit, la grande finesse d'écriture, la liberté du langage."

 

Cloches dans le brouillard fut composé par Edison Denisov en 1988. Très liée esthétiquement à l'impressionnisme musical français, cette pièce d'une quinzaine de minutes est toute particulière pour plusieurs raisons.  Tout d'abord, l'effectif orchestral est inhabituel ou, plus exactement, sa composition en instruments à vent. Le groupe des bois se compose de quatre flûtes et quatre clarinettes - instruments les plus raffinés quant à leurs capacités aux gradations dynamiques - , et est complété par un seul hautbois. Il voisine avec une puissante "brigade" de cuivres : quatre trompettes, quatre trombones et six cors. Soutenu par les cordes et les percussions, cet orchestre joue extrêmement doucement, du début jusqu'à presque la fin.  Pour la dynamique, le compositeur marque ppp et pppp. Des passages légers, impétueux, insaisissables sont là pour évoquer le vent, qui nous apporte la sonnerie des cloches. Il arrive un moment où nous n'entendons plus mais nous voyons un tableau, créé non par des lignes et des couleurs mais par des timbres et le tissu musical... C'est seulement à la fin qu'arrivent, d'abord, un forte, puis, un fortissimo de l'orchestre, qui produisent un rejaillissement dynamique inattendu. L'impressionnisme pur donne donc place ici et petit à petit à une forte expression émotionnelle. Puis, la douce sonorité principale revient, et, sur un fond d'accord "stagnant" des cordes, nous entendons les carillons entre le célesta et les percussions...

 

Youri Kasparov

 

 

le 2 novembre 2006  à 19h00

Salle de la musique de chambre

de la Maison Internationale de la Musique de Moscou

le 4 novembre 2006 à 19.00

Salle d’orgue de la Philarmonie d’Etat de Bachkirie

Le 5 novembre 2006 à 18.30

Philarmonie d’Etat de la Ville de Samara

 

Nadir Vassena  Luoghi d’infinito andare pour ensemble de chambre

Edison Denisov  Les Variations sur un thème de Schubert pour  violoncelle et piano

Gerard Zinsstag  ... U vemenu rata ...  pour percussions solo

Grigory Voronov  D’une rive déserte, je regarde les montagnes pour ensemble de chambre

Heinz Holliger  Ma'mounia pour percussions et ensemble de chambre

 

 Mircea Ardeleanu, percussions (Suisse)

Ensemble de Musique Contemporaine de Moscou

Direction – Alexei Vinogradov

 

 

Les Variations sur un thème de Schubert (1986) – cette partition exceptionnelle prend sa source dans l'Impromptu en La bémol Majeur de Schubert. Le thème principal subit un développement important grâce à la technique compositionnelle bien caractéristique de Denisov dans le milieu de sa carrière. Dans cette période, des intonations mélodiques stables, quasi "tonales", s'affirment de plus en plus dans la musique de Denisov, et deviennent, en quelque sorte, sa carte de visite. Cela est d'autant plus étonnant que ces phénomènes, tous deux éclatants, tels que les musiques de Schubert et de Denisov, représentant deux époques si différentes, se correspondent organiquement dans les Variations, et créent une nouvelle, troisième, réalité. Ce n'est pas par hasard que Denisov se tourne vers Schubert. Le travail le plus important de ce genre est la reconstitution, par Denisov, de l'opéra inconnu et inachevé de Schubert Lazarus, ou la Fête de la Résurrection.

 

 

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